Gouvernement du Québec

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1er juin 2017Dévoilement de la Politique d’affirmation du Québec et des relations canadiennes



Transcription

Philippe Couillard (premier ministre du Québec) : Alors, Mesdames, Messieurs, on est réunis, aujourd’hui, pour tracer, oui, un portrait du Québec d’hier, mais surtout engager notre nation vers l’avenir par une déclaration et une démarche d’affirmation collective; un geste d’affirmation fait au Québec par le Québec, parce que notre histoire est riche, et notre avenir, encore plus prometteur; parce que nous formons une nation; une nation qui avance lorsqu’elle s’unit plutôt que lorsqu’elle se divise; lorsqu’elle participe au lieu de s’exclure; lorsqu’elle construit des ponts avec tous ses partenaires plutôt que d’ériger des murs.

Les Québécoises et les Québécois sont le reflet de ce que nos ancêtres nous ont transmis : le seul État majoritairement francophone d’Amérique, avec une culture propre et, aussi, une tradition civiliste; une nation démocratique, libre de ses choix et ouverte sur le monde; une nation inclusive, enrichie par les Québécoises et les Québécois d’expression anglaise dont les actions et les institutions ont contribué à notre développement d’hier à aujourd’hui.

Our nation includes our English speaking fellow Quebeckers whose actions and institutions have contributed significantly to our development. This was true yesterday, still is true today and will be tomorrow. We are all Quebeckers, and therefore we can all say, in French and in English: être Québécois, c’est notre façon d’être Canadiens; being Quebecker is our way of being Canadians.

[Notre nation inclusive est enrichie par nos concitoyennes et concitoyens québécois de langue anglaise dont les actions et les institutions ont contribué de façon significative à notre développement. Cela était vrai hier, ça l’est aujourd’hui et ça le sera encore demain. Nous sommes toutes et tous Québécois et, pour cette raison, nous pouvons toutes et tous affirmer, en français comme en anglais : être Québécois, c’est notre façon d’être Canadiens.]

Une nation qui reconnait pleinement l’apport des onze nations autochtones présentes sur son territoire; une nation qui réunit les talents de celles et ceux qui ont choisi de s’établir au Québec pour ainsi contribuer à notre prospérité collective et au progrès de notre société distincte.

Ce Québec, chacune et chacun d’entre nous le porte dans son âme et dans son cœur. Cette fierté d’être Québécoises et Québécois, on la partage tous et toutes. Personne n’en a le monopole, parce que le Québec est celui que nous avons tous et toutes construit. Elle est visible partout, cette fierté, dans tous nos secteurs d’activité. Pensez aux artistes, qui font vibrer notre langue, notre culture ici et partout sur la planète; nos entrepreneurs, qui prennent des risques pour conquérir de nouveaux marchés; nos agriculteurs, qui ont contribué au développement de nos régions; nos travailleurs d’une compétence et d’une expertise reconnues internationalement; nos étudiants, nos chercheurs, bref, celles et ceux qui, chaque jour, par leur engagement, leur dévouement améliorent notre qualité de vie et font rayonner le Québec en étant tous unis; unis dans cette volonté d’affirmer ce que nous sommes : un Québec qui assume pleinement et sans complexe sa place dans le monde, qui veut contribuer activement et positivement à la fédération canadienne; être soi-même, s’affirmer, s’imposer et exprimer ce que nous sommes : Québécois avant tout, parce qu’être Québécois, c’est notre façon d’être Canadiens.

Et ce parcours, il a débuté bien avant la formation du Canada en 1867. D’ailleurs, notre sentiment national, il est antérieur à cette date. Il traverse toute notre histoire, d’abord comme Canadiens français, et depuis longtemps déjà, plusieurs décennies, comme Québécoises et Québécois. Cette fierté, ce sentiment, cet attachement national, on le partage tous. Cette spécificité qui nous caractérise, elle nous a définis, dès le début, dès l’arrivée des premiers colons français qui venaient se joindre aux Premières Nations. Notre histoire est riche de succès, d’espoir, de courage, avec sa part de déchirements, de déceptions et aussi d’unité.

Nous, Québécoises et Québécois de tous les horizons et de toutes les régions qui sont arrivés ici à des dates diverses en provenance d’endroits divers depuis plus de quatre-cents ans, avons contribué à bâtir ce pays et cette nation. Le Canada fait partie de notre héritage. Nous l’avons façonné par nos valeurs, notre résilience, nos accents et notre vision du monde. Répétons-le : nous sommes avant tout Québécoises et Québécois et, parce que nous le disons et sentons avec confiance, nous faisons le choix aussi de l’appartenance canadienne. D’ailleurs, ce choix, c’est aujourd’hui aussi celui de la majorité des Québécoises et des Québécois.

Pour nous, cette fédération dont on célèbre le 150e anniversaire, elle est née d’un pacte entre deux peuples fondateurs qui, depuis sa naissance, aurait dû obligatoirement inclure les Premières Nations. Cette vision d’un pacte historique entre les peuples demeure la nôtre. Et elle le restera. Le Canada se distingue par sa diversité. Cette diversité au-delà des individus doit aussi être celle des nations.

Les Québécoises et les Québécois qui nous ont précédés se sont affirmés afin de préserver notre caractère unique, distinct et spécifique; un caractère, d’ailleurs, qui confère des responsabilités uniques au Gouvernement du Québec. Nous nous plaçons en continuité directe des efforts de celles et ceux qui nous ont précédés.

Aujourd’hui, en 2017, nous voulons accroitre la présence et l’engagement du Québec auprès de ses partenaires de la fédération. Bien sûr, le Canada est perfectible. On veut continuer à l’améliorer, notamment à la suite de l’épisode inacceptable, encore pour nous, du rapatriement unilatéral de la Constitution en 1982. Depuis cette date, il faut dire que le Québec et le Canada ont changé. Nous avons fait des gains, nous avons progressé depuis cette époque : une jurisprudence qui reconnait notre caractère distinct, un accord historique sur l’immigration, la reconnaissance de la Nation par la Chambre des communes; notre économie s’est développée en se modernisant; notre société plus prospère demeure une des plus équitables au pays. Et cette solidarité nous définit aussi.

Nous voulons faire résonner encore davantage la voix du Québec partout au Canada. Nous voulons accompagner les peuples autochtones afin que leur spécificité également soit reconnue. Nous resterons aux côtés de la francophonie canadienne hors Québec et des gouvernements qui la soutiennent.

C’est pourquoi, à l’occasion du 150e anniversaire de la fédération, notre gouvernement présente la première Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes pour mieux s’écouter, se comprendre, se respecter et prospérer ensemble, parce que notre choix est clair : nous sommes Québécois et Québécoises avant tout, et c’est notre façon d’être Canadiens.

Lors d’une éventuelle reprise de pourparlers constitutionnels, qui ne pourra que suivre une compréhension renouvelée du sens de notre union, nous répèterons, bien sûr, que nos demandes historiques demeurent d’actualité. Elles l’ont toujours été; elles le sont encore aujourd’hui. Et d’ici là, nous saisirons toutes les occasions de faire avancer le Québec au sein de la fédération et dans le monde.

À travers les époques et dans une ambiance mondiale teintée de protectionnisme et de repli, la fédération canadienne est pour nous un pacte, un modèle plurinational qui accorde l’espace requis pour promouvoir et préserver notre différence québécoise.

En cette année du 150e anniversaire de la fédération, il est important de rappeler que notre vision du pays demeure celle de ce pacte fondateur, modifié sans notre consentement en 1982.

Comme tous les Québécois et Québécoises, je suis fier de notre spécificité et du fait qu’aujourd’hui, la majorité des Québécoises et des Québécois dont le français n’est pas la langue maternelle parlent le français, notre langue officielle. Ce caractère unique du Québec donne à notre gouvernement, comme à tous ceux qui nous ont précédés, la responsabilité d’agir afin de promouvoir le seul État à majorité francophone d’Amérique. Cette action se situe notamment dans la valorisation du modèle d’accueil que nous choisissons : l’interculturalisme; un modèle qui s’assure de l’équilibre entre, d’une part, l’ouverture à la diversité et, d’autre part, la continuité, la vitalité du caractère distinct et francophone du Québec. Si on veut faire une comparaison : plutôt qu'une forêt éparse, un tronc vivant, fort auquel viennent se greffer toutes les identités qui veulent le faire grandir avec nous; un modèle qu’on a déjà évoqué… que j’ai déjà évoqué à plusieurs reprises et que nous formaliserons par une politique présentée par notre gouvernement.

La Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes a comme objectif d’accroitre notre présence sur la scène canadienne en favorisant un dialogue pas uniquement avec les gouvernements, aussi avec la société civile – je dirais peut-être plus « surtout avec la société civile » –, les institutions académiques, oui, les gouvernements et les peuples autochtones; de saisir toutes les occasions pour promouvoir la vision d’un fédéralisme plurinational et faire progresser le Québec dans la fédération canadienne et dans le monde. Nous espérons notamment faire évoluer certaines de nos grandes institutions nationales telles que la Cour suprême, mieux encadrer le pouvoir fédéral de dépenser dans les domaines qui sont de notre compétence exclusive; de continuer à prôner l’équilibre des différences, soit l’unité dans une diversité reconnue; un fédéralisme plurinational qui ajoute à la diversité individuelle le complet reflet de la diversité collective.

Notre vision de la fédération canadienne s’appuie sur un certain nombre de principes :

  • la reconnaissance explicite de la Nation québécoise;
  • le respect des compétences du Québec;
  • l’autonomie;
  • la flexibilité et l’asymétrie;
  • la coopération et les ententes administratives;
  • les institutions communes représentatives.

Le moment venu, une reconnaissance adéquate de notre nation devrait ainsi concrètement s’illustrer dans des garanties constitutionnelles qui doivent découler des cinq conditions formulées dans le cadre de l’accord du lac Meech comme préalables à toute adhésion du Québec à la Constitution. Ces demandes ont traversé les années, car elles s’inscrivent directement dans la vision qui est à l’origine même du compromis fédératif. Et d'ici là, nous saisirons toutes les occasions, bien sûr, de faire avancer le Québec. Cela dit, il importe de rappeler ceci : la Constitution ainsi que les négociations visant à en modifier le contenu doivent être perçues… ne peuvent qu’être perçues que comme le point d’arrivée du dialogue que nous proposons aujourd’hui, et certainement pas comme son point de départ.

Le Québec poursuivra également le renforcement de ses relations internationales en appliquant la pratique amorcée par Paul Gérin-Lajoie, ou énoncée par Paul Gérin-Lajoie au moment de la Révolution tranquille.

Notre gouvernement développe actuellement de nouvelles relations avec ses partenaires, notamment à Cuba, en Chine, au Sénégal, en Israël, d’où on arrive. Il consolide et développe ses représentations aux États-Unis, notamment à Silicon Valley, Houston et bientôt Philadelphie. Nous sommes présents au sein de 26 représentations réparties dans 14 pays sur plusieurs continents. Notre diplomatie en est une d’actions et de résultats. Nous parlons de notre propre voix et nous occupons la place qui nous revient sur l’échiquier mondial, notamment, mais pas uniquement, avec les pays de la Francophonie.

C’est le Québec du 21e siècle que nous voyons prendre forme : un Québec fier qui s’affirme, qui prend sa place, qui joue son rôle au Canada et dans le monde, ce qui nous permet de dire alors « être Québécois, c’est notre façon d’être Canadiens ». C’est d’ailleurs cette vision de l’allégeance au Québec et de l’appartenance canadienne qui rassemble le plus de Québécoises et de Québécois, et c’est notre gouvernement qui la mettra en application.

 

Jean-Marc Fournier (ministre responsable des Relations intergouvernementales canadiennes et de la Francophonie canadienne) : Monsieur le Premier Ministre, les moments que nous partageons aujourd’hui marquent une étape importante dans l’histoire de notre nation et ils donnent un nouvel élan à nos relations canadiennes.

Je suis Québécois et j’en suis fier. Je suis Québécois, et c’est ma façon d’être Canadien.

Il y a, dans cette expression, tout le sens et l’essence de la participation du Québec à la fédération canadienne depuis ses premiers jours. Il y a, dans cette formule, l’expression de la pluralité d’appartenances qui caractérise notre identité : une allégeance au Québec et une appartenance au Canada; une appartenance au Canada encore renforcée par une allégeance reconnue, acceptée, voulue par les partenaires de la fédération.

Une très forte majorité de Québécoises et de Québécois partagent ce sentiment. À plusieurs occasions, une majorité claire d’entre nous ont indiqué ressentir, à divers degrés, une appartenance canadienne. Ce n’est pas étonnant, puisque depuis 1867, le Québec participe au projet politique de la fédération tout en affirmant son identité nationale; une identité qui repose sur des aspects fondamentaux comme son caractère unique et majoritairement francophone, sa tradition juridique civiliste ainsi que ses institutions politiques, culturelles, économiques, éducatives et sociales.

D’abord Canadiens français, les Québécois sont reconnus comme entité distincte, dès 1774, par l’Acte de Québec, et aussi par la Loi constitutionnelle de 1791. Cette reconnaissance est réaffirmée au lendemain de l’Acte d’union de 1840 par la convention de La Fontaine et Baldwin, qui en contrecarrait les effets en instaurant la procédure d’adoption des lois à la double majorité. En 1867, le choix fédéral ainsi que la reconnaissance du Québec s’imposaient pour obtenir l’adhésion de ce dernier. Cette reconnaissance fait partie de notre histoire fédérale. Elle s’est toutefois étiolée, au cours du dernier siècle, avec l’apparition d’une nouvelle interprétation du sens de notre union. Nous devons la retrouver et l’intégrer à nouveau à notre projet commun.

En s’éloignant du sens initial de pacte entre les Canadiens français et les Canadiens anglais, une distance s’est créée entre nos deux communautés et, avec elles, des manifestations d’incompréhension sont apparues. Il ne s’agit pas de nier que notre histoire a connu sa part de conflits et de mésententes. Cela a laissé des marques, et certains éléments incontournables doivent être répétés à nouveau. Nous le savons tous et nous le réaffirmons : la Constitution reste à parfaire pour donner effet et garantie à la reconnaissance de notre identité nationale.

Mais – comme disait Jocelyn Maclure, professeur de philosophie à l’Université Laval – le fédéralisme canadien, malgré ses jours sombres et ses imperfections évidentes, s’est montré assez spacieux pour que le Québec réussisse son projet de construction nationale. Malgré la distance et l’incompréhension, notre route commune nous a menés vers un progrès social et économique qui fait l’envie du monde entier. Fort de nos progrès communs et décidés à améliorer la place du Québec au sein de la fédération canadienne, notre gouvernement saisit l’occasion du 150e anniversaire de la fédération canadienne pour présenter sa politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes.

Cette politique déclare d’abord ce que nous sommes : une nation inclusive à majorité francophone désireuse de répondre aux aspirations des Premières Nations et des Inuits; forte de la contribution dynamique, historique et contemporaine de la communauté d’expression anglaise; et riche de la diversité des personnes de toute origine qui se joignent à nous. Ensuite, notre politique prend appui sur ce que nous sommes pour établir les principes qui fondent la vision du Québec au sein du Canada et qui guident la conduite de ses relations canadiennes.

Parce qu’il faut tenir compte de la distance créée au fil du temps entre le Québec et le Canada, la Politique présente les moyens privilégiés pour amorcer un rapprochement avec nos voisins canadiens. Ils sont basés sur le dialogue et une meilleure connaissance mutuelle. Nous voulons que les aspirations du Québec soient mieux comprises. Cela nous apparait comme une condition essentielle pour qu’elle soit ensuite mieux reçue. En déclarant solennellement qui nous sommes, nous ferons mieux comprendre les raisons de nos positions et mieux partager les fondements de notre vision de l’avenir. La promotion des intérêts et des compétences du Québec s’inscrit dans cette perspective.

La Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes a aussi pour objectif de permettre au Québec de se faire mieux connaitre auprès de la société civile canadienne et d’accroitre ainsi son rayonnement partout au Canada, notamment dans les sphères économique, sociale et culturelle. La Politique dresse d’abord un rappel historique qui, sans être exhaustif, vise avant tout à mettre en lumière de façon succincte les principaux éléments permettant de mieux comprendre la réalité nationale du Québec et l’état de ses relations avec l’ensemble du Canada. Cette politique s’inscrit dans la continuité de notre histoire politique et constitutionnelle. Elle s’en inspire pour offrir une vision actualisée de la place du Québec dans l’ensemble canadien.

Nous voulons notamment remettre à l’avant-plan l’idée d’un fédéralisme qui, au-delà de la diversité des individus, reconnait aussi la diversité collective; un fédéralisme qui reconnait les appartenances plurielles comme moyens de renforcer l’appartenance commune. Un tel fédéralisme plurinational répond à la volonté des Québécois d’être partenaires à part entière de l’aventure canadienne et d’y faire valoir toutes les dimensions de leur identité. Il constitue aussi une piste de renouvèlement des relations avec les Autochtones. Le Québec entretient, depuis plusieurs années, une relation de nation à nation avec les peuples autochtones présents sur le territoire québécois. Il entend continuer sur cette lancée et résolument privilégier les voies de la réconciliation en misant sur la création de partenariats et sur le renforcement des capacités individuelles et collectives des Inuits et des Premières Nations. Au Québec, comme au Canada, on voit émerger une volonté nouvelle d’inclure réellement les Autochtones à notre avenir commun. Cette volonté doit se transformer en devoir.

Un fédéralisme plurinational permet enfin à tous les Canadiens de participer avec fierté à l’élaboration et à la réalisation d’une formule de cohabitation plus accueillante et plus réussie, parce que plus respectueuse.

Notre projet, animé d’un regard inclusif sur l’humanité, cherche à rapprocher les diversités individuelles et collectives. Dans un monde inquiet, tenté par l’isolement et le repli identitaire, le Québec et tous les Canadiens ont l’occasion de se retrouver pour partager et réaliser l’ambition de rapprocher la pluralité de leurs appartenances, plutôt que de les opposer.

Face aux défis mondiaux que posent la croissance du phénomène migratoire, la délocalisation économique et la montée des inégalités, les Québécois et les Canadiens peuvent ensemble offrir au monde une réponse – partielle, soit – en faisant le choix des appartenances plurielles et de la diversité nationale reconnue et acceptée. Voilà un défi imposant, mais en même temps, un projet humain emballant.

This kind of federalism, plurinational federalism, meets Québec’s goal of acting as a full partner in the Canadian adventure while upholding all the dimension of its identity. It also offers a way to renew the relationship with the aboriginal peoples. Québec has, for several years, maintained a nation to nation relationship with the aboriginal peoples present on the territory. In both Québec and Canada, there is a new willingness to make a genuine offer… effort to include the aboriginal peoples. The willingness must become a duty.

Plurinational federalism allow all Canadians to participate proudly in defining and implementing a form of cohabitation that is more becoming and, because it is based on respect, more successful.

Quebeckers and Canadians can offer a partial solution to the worldwide challenges of mass immigration, economic displacement and growing inequality by choosing a plurality of ways of belonging and a diversity of nation that is recognized and accepted. This is a major challenge, but also an exciting human project.

[Ce type de fédéralisme, le fédéralisme plurinational, répond à la volonté du Québec d’être partenaire à part entière de l’aventure canadienne et d’y faire valoir toutes les dimensions de son identité. Il constitue aussi une piste de renouvèlement des relations avec les Autochtones. Le Québec entretient, depuis plusieurs années, une relation de nation à nation avec les peuples autochtones présents sur son territoire. Au Québec, comme au Canada, on voit émerger une volonté nouvelle d’inclure réellement les Autochtones. Cette volonté doit se transformer en devoir.

Un fédéralisme plurinational permet à tous les Canadiens et Canadiennes de participer avec fierté à l’élaboration et à la réalisation d’une formule de cohabitation plus accueillante et plus réussie, parce que plus respectueuse.

Devant les défis mondiaux que posent la croissance du phénomène migratoire, la délocalisation économique et la montée des inégalités, les Québécoises et les Québécois ainsi que les Canadiennes et les Canadiens peuvent offrir une réponse partielle en faisant le choix des appartenances plurielles et de la diversité nationale reconnue et acceptée. Voilà un défi imposant, mais en même temps, un projet humain emballant.]

Nous entreprenons, aujourd’hui, une démarche de longue haleine. Nous affirmons notre volonté claire de lever le tabou de la discussion sur l’avenir de nos relations au Canada. Il faut reprendre nos échanges sur l’évolution de la fédération, ce qui inclut la dimension constitutionnelle, non pas comme point de départ préalable, mais comme résultat d’un dialogue qui redonnera un sens commun à notre union et une compréhension commune de notre avenir. Nous sommes conscients qu’il faudra faire preuve de patience. Raffermir les liens de confiance est un processus long et évolutif. Avant de penser à faire évoluer le texte constitutionnel, il nous faut d’abord discuter, partager et réciproquement mieux nous connaitre pour mieux nous reconnaitre. Et c’est ce que nous entendons faire.

Le Québec convie donc l’ensemble des citoyens et ses partenaires fédératifs à un nouveau dialogue. Il les invite à refaire connaissance. Nous nous convions à une refondation. Nous commencerons par nous faire plus visibles et plus présents sur la scène canadienne. Nous voulons nous faire plus entendre pour mieux nous faire comprendre. C’est dans cette perspective que sont orientées les principales mesures envisagées dans le cadre de la Politique. Celle-ci s’appuie sur une déclaration d’affirmation de notre identité nationale et elle y trouve la source des principes qui guideront le Québec dans la conduite de ses relations canadiennes. Le Québec privilégiera une diplomatie intérieure proactive avec ses partenaires fédératifs. Il sera aussi davantage soucieux d’alimenter le dialogue avec les représentants de la société civile. Le Québec favorisera également le rapprochement entre citoyens.

Souvent illustrées comme deux solitudes, les relations entre citoyens ont aussi façonné de formidables solidarités qui ont contribué au progrès économique, social et culturel du Québec et du Canada. Nos échanges commerciaux avec les autres Canadiens atteignent le niveau de ceux que nous avons avec les États-Unis, dont la population est pourtant dix fois plus nombreuse. Nous commerçons plus avec la Colombie-Britannique qu’avec la Chine et davantage avec le Nouveau-Brunswick qu’avec la France. Il y a là plus de solidarité que de solitude.

Permettez-moi d’esquisser un autre exemple de solidarité. C’était au jour du lancement d’une nouvelle politique environnementale en Alberta à l’occasion de laquelle la première ministre, madame Notley, était accompagnée de Steven Guilbeault, porte-parole d’Équiterre; une belle illustration de solidarité entre les groupes environnementaux du Québec et ceux d’ailleurs au Canada au soutien de nouvelles politiques publiques.

Comment ne pas ressentir une certaine fierté devant le rayonnement du Québec? Toutes ces interrelations propagent les visions, les aspirations et les intérêts des Québécois. Pourquoi ne pas les multiplier? Nous encourageons les groupes sociaux et syndicaux, les chefs d’entreprise, les groupes environnementaux, les artistes ainsi que les chercheurs du Québec à redécouvrir ou à intensifier leurs échanges avec ceux qui, ailleurs au Canada, partagent le même désir d’appuyer les plus vulnérables, de créer des emplois, de répondre aux défis soulevés par les changements climatiques, d’émouvoir et d’innover.

La volonté de voir le Québec jouer un rôle plus dynamique dans l’ensemble canadien se reflètera aussi dans l’appareil gouvernemental québécois. Nos relations canadiennes seront désormais orchestrées par le Secrétariat du Québec aux relations canadiennes, le SQRC, qui succèdera au Secrétariat aux affaires intergouvernementales canadiennes. Il assumera un rôle plus important comme conseiller stratégique en matière de relations canadiennes. Le nouveau Secrétariat aura notamment pour mandat de travailler activement à la multiplication de passerelles et des espaces de dialogue avec les milieux sociétaux du Canada. Le gouvernement, sous la coordination du SQRC, verra également au déploiement d’un réseau d’unités de relations canadiennes dans chacun des ministères.

D’une manière générale, le Québec sera présent partout où sa voix doit être entendue pour refléter la vision et les ambitions de son gouvernement. Il sera notamment plus actif au sein des forums intergouvernementaux. Il entend également poursuivre sa collaboration avec ses partenaires des autres provinces et territoires, intensifier ses relations avec les acteurs fédéraux et ceux de la société civile. Nous opèrerons aussi un rapprochement avec les milieux universitaires ainsi qu’auprès des groupes d’intérêts économiques, culturels et sociaux et nous serons plus actifs dans les médias traditionnels et sociaux.

Au cours des prochains mois, des mesures concrètes seront élaborées et appliquées pour soutenir notre orientation en matière de rapprochement. On peut notamment penser à des rencontres annuelles de type forums universitaires regroupant les instituts de recherche, afin de partager les différents points de vue et de développer une compréhension commune. Le Québec prendra aussi l’initiative de proposer des missions sociales, économiques et universitaires avec d’autres provinces canadiennes : certainement avec l’Ontario, notre principal partenaire commercial, avec les provinces atlantiques, nos voisines, et toutes les provinces et territoires jusqu’à la Colombie-Britannique, avec laquelle nous accédons à l’Asie.

Bien entendu, le Québec est plus que jamais déterminé à collaborer à la promotion de la francophonie canadienne avec le Gouvernement du Canada et les communautés francophones et acadiennes. Il continuera à tout mettre en œuvre pour assurer la protection, la pérennité et la vitalité du français au Canada. Le Québec recherchera l’élargissement de l’espace francophone canadien. Cet espace donne à notre langue la nécessaire résonance qui permet aux Québécois de renforcer leur appartenance canadienne et d’éprouver le sentiment que le Canada, c’est aussi chez nous. Les liens qui rassemblent les Québécois et les autres Canadiens doivent reposer d’abord sur des relations de confiance et de réciprocité. C’est sur cette base que doit se construire un véritable dialogue sur l’avenir de notre pays.

Aujourd’hui, le Québec affirme son identité nationale, présente sa vision du fédéralisme et définit clairement la place qu’il souhaite occuper dans l’ensemble canadien. Le Gouvernement du Québec demandera au nouveau Secrétariat du Québec aux relations canadiennes de déterminer des actions nouvelles les plus appropriées pour soutenir une diplomatie plus stratégique et plus active et pour favoriser le rapprochement citoyen. Le Québec propose au reste du Canada de reconnaitre sa spécificité nationale pour ce qu’elle est et pour ce que nous souhaitons qu’elle soit, à savoir une contribution originale et positive à la fédération canadienne.

Nous sommes tout au début d’un trajet qui devrait nous conduire à mieux nous comprendre réciproquement. Pour ce faire, commençons par rétablir le dialogue dans un esprit d’ouverture puisant à même l’idéal d’un fédéralisme qui accueille et reconnait les identités individuelles et collectives. Ce 150e anniversaire de la fédération est une occasion de rapprochement et d’échanges. Il restera bien du travail à faire et du chemin à parcourir avant que chacun occupe sa véritable place au sein de l’ensemble canadien. Cela ne durera pas un an. Construire l’avenir, ça dure longtemps. Mais l’objectif est clair : nous devons chercher à mieux nous comprendre pour mieux nous connaitre, et cela doit être réciproque. Affirmer ce que nous sommes, ce qui est fondamental pour nous permet aussi de faire comprendre nos choix, nos priorités, nos visions, nos ambitions.

L’identité d’une vaste majorité de Québécois repose sur une double appartenance : une allégeance québécoise et une appartenance canadienne. Cette identité… notre identité n’a plus à être alimentée par le ressentiment ou la peur de l’autre, mais elle doit plutôt se construire sur notre confiance en nous et sur notre désir de vivre ensemble. Cette identité a muri; elle s’est affirmée. Autrefois Canadiens français, puis Québécois, nous nous définissions, par opposition, soit aux Canadiens anglais, soit aux autres Canadiens. Aujourd’hui, nous préférons affirmer toutes les dimensions de notre identité, affirmer ce que nous sommes et le reflet de nos appartenances plurielles, nos appartenances particulières et notre appartenance commune.

Nous sommes Québécois, et c’est notre façon d’être Canadiens.

Merci beaucoup.



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